Loin de vouloir, contredire votre expertise dans ce domaine qui éclaire naturellement les esprits moins avertis, je demeure convaincu que l’angle sous lequel on tente d’analyser la question du tribalisme au Cameroun, et ailleurs, repose sur un diagnostic erroné.
Nous sommes éduqués au sein de cellules familiales qui conditionnent notre rapport à l’autre, façonnant ainsi notre perception de la diversité ethnique. Ce conditionnement s’inscrit dans un processus où l’identité est structurée autour d’appartenances rigides, nourries dès l’enfance. Comme le souligne Krishnamurti, l’attachement aux catégories culturelles, nationales ou ethniques n’est qu’une construction mentale qui alimente la division et la fragmentation de l’humanité. Tant que nous nous définissons par des appartenances héritées et entretenues par notre environnement, nous perpétuons un système où le rejet de l’autre devient une conséquence inévitable.
Dès lors, ce rejet n’est ni accidentel ni purement instinctif ; il est le fruit d’un conditionnement qui nous est inculqué et que nous reproduisons sans remise en question. Dans cette perspective, Krishnamurti nous invite à dépasser ces identifications illusoires, à voir l’autre non à travers le prisme de l’ethnie ou de la nation, mais dans une humanité partagée, libre des carcans de la pensée tribale.
Le tribalisme, loin d’être un phénomène naturel, est donc un programme social et psychologique que nous pouvons déconstruire, non par la simple volonté politique, mais par une transformation intérieure qui passe par une éducation affranchie de ces conditionnements. Ce n’est qu’en prenant conscience de ces mécanismes et en les transcendant que nous pourrons véritablement envisager un vivre-ensemble libéré des illusions de la séparation.
Wilson Etoga
Analyste Politique