Alors que les audiences se poursuivent au Tribunal militaire de Yaoundé dans l’affaire Martinez Zogo, les débats mettent progressivement en lumière plusieurs zones d’ombre dans l’accusation visant Jean-Pierre Amougou Belinga. Entre l’absence répétée de son nom dans de nombreux témoignages et le manque d’éléments incriminants dans les écoutes téléphoniques, l’homme d’affaires semble, à ce stade du procès, apparaître de plus en plus éloigné de la commission du crime.
Une audience révélatrice au Tribunal militaire
L’audience du lundi 9 mars 2026 a été marquée par l’audition du commissaire de police Charlotte Angwei Mbah, ancien commandant du Groupement de recherche opérationnelle (GRO) à la DGRE au moment des faits. Citée comme témoin par le commissaire du gouvernement, elle a été soumise à une série de questions lors de la cross-examination menée par Jean-Pierre Amougou Belinga, principal accusé et président du groupe L’Anecdote.
Face au tribunal, l’homme d’affaires a choisi une approche méthodique : interroger les relations entre certains acteurs clés du dossier, notamment autour des liens supposés entre Maxime Eko’o Eko’o, ancien patron de la DGRE, et Martin Savom.
Selon les éléments évoqués à la barre, l’une des épouses de l’ancien directeur général du renseignement, Violong Emmelienne, serait la sœur de Martin Savom. Une proximité familiale qui, pour Amougou Belinga, soulève des interrogations sur les dynamiques internes entre certains protagonistes de l’affaire.
L’argument des 25 témoins : un silence qui interroge
Mais c’est surtout un point central qui semble aujourd’hui fragiliser la thèse d’une implication directe de Jean-Pierre Amougou Belinga.
Au cours de la procédure, 25 témoins entendus dans l’enquête n’ont jamais évoqué son nom dans leurs déclarations. Aucun d’entre eux n’a présenté l’homme d’affaires comme commanditaire, organisateur ou acteur direct dans le processus ayant conduit à l’assassinat de Martinez Zogo.
Dans un procès pénal, une telle absence de désignation peut peser lourd dans l’appréciation des faits. Elle renforce, pour les observateurs, l’idée que la responsabilité de l’homme d’affaires ne ressort pas clairement des témoignages recueillis dans le dossier.
Des écoutes téléphoniques sans preuve directe
Autre élément soulevé par la défense : les écoutes téléphoniques attribuées à Jean-Pierre Amougou Belinga, largement diffusées au début de l’affaire.
À la barre, l’accusé a lui-même posé une question simple : si un complot avait réellement été organisé par lui, pourquoi ces écoutes n’ont-elles jamais mis en évidence une instruction, un ordre ou même une discussion explicite visant à préparer l’élimination de Martinez Zogo ?
Pour ses avocats comme pour plusieurs analystes judiciaires, l’absence de contenu clairement incriminant dans ces conversations renforce l’idée que le lien direct entre Amougou Belinga et l’assassinat reste, pour l’instant, difficile à établir.
Une stratégie de défense basée sur les faits
Depuis l’ouverture du procès, la ligne de défense du président du groupe L’Anecdote repose sur un argument simple : les faits du dossier ne démontrent pas son implication directe.
Plusieurs éléments alimentent cette position :
• l’absence de citation de son nom par de nombreux témoins ;
• le manque de preuves directes dans les communications interceptées ;
• l’existence de relations étroites entre d’autres protagonistes de l’affaire ;
• l’absence, jusqu’ici, d’un élément établissant clairement une chaîne de commandement le reliant au crime.
Autant de points qui contribuent à renforcer l’impression que Jean-Pierre Amougou Belinga pourrait avoir été placé au cœur du dossier sans que des preuves décisives ne viennent, pour l’instant, étayer cette responsabilité.
Une sortie remarquée à la barre
Dans un moment qui a marqué l’audience, l’homme d’affaires a lâché une phrase devenue virale dans la salle :
« Ce n’est qu’au Cameroun que les tables-bancs donnent des cours aux menuisiers. »
Une manière pour lui de dénoncer ce qu’il considère comme une inversion des rôles dans l’interprétation des faits.
Un procès encore loin de son verdict
L’audience, ouverte aux alentours de 11 heures, s’est poursuivie pendant plus de dix heures avant d’être suspendue. Les débats doivent reprendre ce mardi à 10 heures avec la suite de l’audition des témoins du ministère public.
Au fur et à mesure que les témoignages se succèdent, une réalité semble toutefois s’imposer : à ce stade du procès, les déclarations entendues au tribunal peinent encore à établir un lien direct entre Jean-Pierre Amougou Belinga et l’assassinat de Martinez Zogo.
La suite des audiences dira si de nouveaux éléments viendront consolider l’accusation ou, au contraire, renforcer l’idée que l’homme d’affaires se trouve finalement bien plus éloigné de cette affaire que ne le laissait penser l’opinion publique au départ.
Guy EKWALLA

Un soutien massif… mais fragilisé
Depuis le début de l’invasion russe, l’Union européenne a mobilisé plus de 190 milliards d’euros en faveur de l’Ukraine. Aide macrofinancière, soutien budgétaire, assistance humanitaire, sanctions : l’UE s’est imposée comme le principal pilier financier de Kiev.
Pourtant, un nouveau point de tension est apparu. Le veto hongrois sur un prêt de 19 milliards d’euros, pourtant validé politiquement en décembre dernier, bloque temporairement le processus. À Bruxelles, la déception est assumée. La Commission européenne rappelle le principe de coopération loyale entre États membres et poursuit les discussions pour sortir de l’impasse.
Au-delà du montant, c’est la crédibilité de l’Union qui est en jeu. Garantir un financement stable et prévisible à l’Ukraine est un signal stratégique, autant vis-à-vis de Moscou que des partenaires internationaux.
L’Europe doit-elle s’imposer dans les négociations de paix ?
Autre sujet sensible : la place de l’Union dans les discussions sur un éventuel règlement du conflit. Les responsables européens défendent une ligne claire : une paix durable doit respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, conformément à la Charte des Nations unies.
Mais en coulisses, une inquiétude persiste : l’Europe ne veut pas être reléguée au second plan. En tant que principal soutien financier et acteur directement concerné par la sécurité du continent, elle estime avoir un rôle légitime à la table des négociations.
Défendre la démocratie face aux ingérences
Dans ce contexte, la Commission européenne a officiellement lancé le Centre européen pour la résilience démocratique. Installé au sein de l’exécutif européen et en coordination étroite avec le Service européen pour l’action extérieure, il vise à mieux prévenir et détecter les ingérences, la manipulation de l’information et les tentatives de déstabilisation électorale.
Le centre ne se limite pas aux menaces extérieures. Les autorités européennes reconnaissent que les campagnes de désinformation peuvent aussi émerger au sein même de l’Union. L’objectif est donc double : protéger l’intégrité du débat public et restaurer la confiance des citoyens.
Une unité sous tension
Entre divisions internes, pressions géopolitiques et exigences démocratiques, l’Union européenne traverse un moment charnière. Les prochaines décisions sur le financement de l’Ukraine et sur son positionnement diplomatique diront si les Vingt-Sept parviennent à maintenir une ligne commune.
Dans un environnement international instable, la question n’est plus seulement de réagir aux crises, mais de démontrer que l’Europe peut agir avec cohérence, constance et autorité.
Guy Ekwalla

Face aux ingérences étrangères et aux campagnes de désinformation, l’Union européenne accélère. À Bruxelles, la Commission lance officiellement le Centre européen pour la résilience démocratique, pendant que les ministres préparent un Conseil européen sous tension, marqué par les divisions sur l’Ukraine et la compétitivité.
Les menaces ne sont plus théoriques. Attaques hybrides, manipulations de l’information, tentatives d’ingérence électorale : pour Bruxelles, les régimes autoritaires testent la solidité des démocraties européennes.
En réponse, la Commission européenne a lancé le Centre européen pour la résilience démocratique. Sa mission : coordonner les États membres, mutualiser l’expertise et mieux détecter les campagnes de désinformation. Objectif affiché : protéger les élections, renforcer la confiance des citoyens et éviter que les divisions ne fragilisent les sociétés européennes.
Concrètement, un manuel pour sécuriser les scrutins, un plan européen contre les interférences étrangères et une plateforme dédiée aux acteurs indépendants verront le jour dès 2026. L’enjeu est clair : passer de la réaction à l’anticipation.
Mais dans le même temps, les tensions persistent. À l’approche du Conseil européen, la question du soutien financier à l’Ukraine refait surface, notamment après le veto hongrois sur un prêt de 19 milliards d’euros. Un blocage qui met à l’épreuve l’unité des Vingt-Sept.
Entre résilience démocratique, sécurité énergétique et solidarité avec Kiev, l’Union joue sa crédibilité. Car défendre la démocratie, ce n’est pas seulement résister aux crises. C’est prouver qu’elle peut décider, ensemble, malgré les fractures.
Guy Ekwalla
Le 17 février, à Bruxelles, le Conseil de l’Union européenne a décidé de prolonger d’un an le cadre de sanctions visant le Zimbabwe, dans le contexte des préoccupations persistantes liées aux droits de l’homme, à l’état de droit et à la gouvernance.
Ces mesures restrictives comprennent notamment un embargo sur les armes, qui demeure en vigueur. L’Union européenne maintient ainsi son interdiction d’exporter vers le Zimbabwe des équipements susceptibles d’être utilisés à des fins de répression interne.
Toutefois, dans le cadre de la révision annuelle de son régime de sanctions, le Conseil a annoncé le retrait d’une entité de la liste des personnes et organisations ciblées. Cette décision s’inscrit dans la logique d’un ajustement régulier du dispositif, fondé sur l’évolution de la situation sur le terrain.
L’Union européenne affirme que ces sanctions sont ciblées et non dirigées contre la population zimbabwéenne, mais visent des individus et structures jugés responsables d’atteintes aux principes démocratiques.
Pour Bruxelles, la prolongation de ces mesures traduit la volonté de maintenir la pression diplomatique, tout en laissant ouverte la possibilité d’un dialogue constructif avec les autorités de Harare.
Le Zimbabwe, de son côté, dénonce régulièrement ces sanctions qu’il considère comme injustifiées et préjudiciables à son développement économique.
Guy Ekwalla, Bruxelles.
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Face à la raréfaction des ressources, à la volatilité des prix des matières premières et aux exigences croissantes en matière de durabilité, l’économie circulaire s’impose comme un levier stratégique pour les entreprises. C’est dans ce contexte qu’un forum dédié à cette thématique s’est tenu dans les locaux de Technifutur, réunissant acteurs économiques, experts et décideurs régionaux.
Contrairement au modèle linéaire traditionnel – produire, consommer, jeter – l’économie circulaire vise à optimiser l’usage des ressources tout au long du cycle de vie des produits. Éco-conception, réemploi, réparation, mutualisation, recyclage : autant de mécanismes permettant de réduire l’empreinte environnementale tout en générant de la valeur.
Lors du forum, plusieurs intervenants ont rappelé que la circularité n’est plus seulement une contrainte réglementaire, mais un véritable facteur de compétitivité. Réduction des coûts matières, sécurisation des approvisionnements, amélioration de l’image de marque et accès à de nouveaux marchés figurent parmi les bénéfices concrets évoqués.
Le programme a alterné conférences plénières et ateliers pratiques. Des entreprises locales ont partagé leurs démarches : transformation de déchets en nouvelles ressources, mise en place de circuits courts, ou encore développement de modèles basés sur l’usage plutôt que sur la possession.
Ces retours d’expérience ont mis en évidence un point clé : la transition vers l’économie circulaire repose sur la collaboration. Partenariats inter-entreprises, synergies territoriales et accompagnement technique sont essentiels pour dépasser les freins opérationnels et financiers.
En accueillant ce forum, Technifutur confirme son rôle de plateforme d’innovation et de formation au service de la transition économique. L’événement a également permis de souligner l’importance du développement des compétences : ingénierie durable, analyse du cycle de vie, nouvelles compétences techniques liées au recyclage et à la maintenance avancée.
Au-delà des échanges, ce forum marque une étape supplémentaire vers un modèle plus résilient et responsable. L’économie circulaire ne relève plus de l’expérimentation : elle s’inscrit désormais au cœur des stratégies industrielles et territoriales.
Guy EKWALLA


Nouveau tournant ce jour à Yaoundé dans le dossier relatif à l’assassinat du journaliste Martinez Zogo.
Le procès devant le Tribunal militaire de Yaoundé est renvoyé à délibéré pour le 19 mars 2026. Autre élément majeur : le collège des juges a été changé. Un nouveau collège est désormais en charge du dossier et devra notamment se prononcer sur la mise en liberté de Jean-Pierre Amougou Belinga, président du Groupe L’Anecdote
Le remplacement du collège des juges constitue un développement procédural significatif.
Dans les affaires sensibles, un nouveau collège implique :
Une réévaluation complète du dossier,
Une nouvelle appréciation des éléments de preuve,
Une lecture indépendante des décisions antérieures.
Ce collège devra statuer sur la situation judiciaire de Jean-Pierre Amougou Belinga, notamment en matière de détention provisoire.
Il est utile de rappeler que le juge d’instruction Maître Sikati avait ordonné, à un moment clé de la procédure, la libération de Jean-Pierre Amougou Belinga, estimant avoir mené à terme son instruction.
Selon les éléments communiqués :
25 témoins ont été auditionnés devant le tribunal militaire à ce jour,
Aucun témoignage n’aurait établi une implication directe de l’homme d’affaires dans les faits criminels.
Cette constatation a renforcé, chez une partie de l’opinion publique et de la diaspora, un sentiment de doute quant à la solidité des charges initiales.
Renvoyée devant la Chambre d’accusation de la Cour d’appel du Centre, l’affaire connaît ainsi un nouveau rebondissement judiciaire majeur.
Au Cameroun, la Chambre d’accusation :
Contrôle les ordonnances du juge d’instruction,
Apprécie la régularité de la procédure,
Peut confirmer, infirmer ou réformer les décisions rendues en première instance.
Elle ne juge pas le fond, mais son analyse peut consolider ou fragiliser l’architecture juridique du dossier, influençant directement la suite devant le Tribunal militaire.
Le procès-verbal signé par le juge Sikati fait aujourd’hui l’objet d’un examen attentif :
Pour la défense : il démontre que les charges n’étaient pas suffisamment consolidées.
Pour les parties adverses : il s’inscrit dans une procédure encore évolutive.
Le nouveau collège devra apprécier si les actes posés respectent strictement les dispositions du Code de procédure pénale.
Au-delà du cadre judiciaire, Jean-Pierre Amougou Belinga reste une figure influente dans l’espace médiatique et entrepreneurial camerounais.
Son image publique — marquée par des actions sociales et un discours en faveur de la jeunesse — nourrit un soutien perceptible, au Cameroun comme dans la diaspora.
Cependant, dans une affaire ayant profondément marqué l’opinion, la question centrale demeure : la manifestation complète de la vérité judiciaire.
La décision attendue à cette date ne constituera pas un jugement sur le fond de l’affaire, mais elle pourrait orienter de manière décisive la suite de la procédure.
Entre exigences procédurales, débats sur la régularité des actes d’instruction et forte attente populaire, l’affaire entre dans une phase juridiquement stratégique où chaque décision pèsera lourd.
Guy EKWALLA

Renvoyée devant la Chambre d’accusation, l’affaire Martinez Zogo connaît un nouveau rebondissement judiciaire majeur. Entre débats procéduraux, procès-verbal de libération controversé et auditions de témoins, le dossier interroge autant sur la solidité des charges que sur l’attente d’une opinion publique avide de vérité.
Au Cameroun, la Chambre d’accusation — juridiction d’instruction du second degré — exerce un contrôle sur les ordonnances rendues par le juge d’instruction. Elle peut confirmer, infirmer ou réformer les décisions prises en première instance, notamment en matière de détention provisoire ou de renvoi devant une juridiction de jugement.
Dans le dossier relatif à l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, le renvoi de l’affaire devant la Chambre d'accusation de la Cour d'appel du Centre marque donc une phase cruciale. Son examen pourrait avoir un impact direct sur la suite de la procédure devant le Tribunal militaire de Yaoundé, juridiction actuellement saisie en raison de la nature des infractions poursuivies.
La Chambre d’accusation ne juge pas le fond de l’affaire ; elle apprécie la régularité de la procédure et la pertinence des charges. Sa décision peut ainsi renforcer ou fragiliser l’architecture juridique du dossier.
Au cœur des débats figure le procès-verbal de libération de Jean Pierre Amougou Belinga, signé par le juge d’instruction Maître Sikati II. Ce document, ordonnant sa remise en liberté à un moment clé de l’enquête, est aujourd’hui scruté pour sa portée juridique et ses implications procédurales.
Pour les conseils de l’homme d’affaires, cet acte constitue un élément fort démontrant que les charges initialement avancées n’étaient pas suffisamment consolidées. Ses détracteurs, en revanche, y voient un épisode parmi d’autres dans une procédure encore en évolution.
La Chambre d’accusation devra déterminer si les actes posés par le juge d’instruction respectent strictement les règles du Code de procédure pénale, et si les éléments réunis justifient la poursuite des charges.
À ce stade, 25 témoins ont été auditionnés dans le cadre de l’information judiciaire. Selon les éléments relayés par la défense, aucun de ces témoignages ne ferait état d’une implication directe de Jean Pierre Amougou Belinga dans les faits criminels reprochés.
Dans une procédure pénale, la valeur probatoire des témoignages repose sur leur cohérence, leur concordance et leur crédibilité. L’absence d’allusion explicite à une responsabilité directe constitue, pour la défense, un argument central dans la contestation des charges.
Toutefois, l’appréciation définitive de ces éléments appartient aux juridictions compétentes, qui évaluent l’ensemble du dossier, y compris les expertises techniques et les autres pièces de procédure.
Au-delà du cadre strictement judiciaire, Jean Pierre Amougou Belinga demeure une figure influente, notamment auprès d’une frange de la jeunesse camerounaise. Son engagement dans des actions sociales, son soutien à certains projets entrepreneuriaux et médiatiques ainsi que son discours en faveur de la promotion des jeunes talents ont contribué à façonner une image de mécène et de promoteur d’opportunités.
Cette dimension sociale alimente aujourd’hui un soutien perceptible, tant à l’intérieur du pays que dans la diaspora. De nombreux jeunes Camerounais déclarent attendre avec impatience la décision de la Chambre d’accusation, espérant qu’elle apportera des clarifications définitives.
Depuis le déclenchement de l’affaire, Jean Pierre Amougou Belinga a publiquement exprimé sa volonté de se soumettre aux procédures judiciaires afin que la vérité soit établie. Cette posture s’inscrit dans une stratégie de défense visant à démontrer sa disponibilité et son attachement au respect des institutions.
Dans un contexte où l’affaire Martinez Zogo a profondément marqué l’opinion publique, la recherche de vérité demeure l’enjeu central. La décision à venir de la Chambre d’accusation ne constituera pas un verdict définitif sur le fond, mais elle pourrait orienter de manière décisive la suite du processus judiciaire.
À l’heure où les regards sont tournés vers cette juridiction, c’est toute la crédibilité de la procédure préliminaire menée par le juge Sikati II qui se trouve indirectement évaluée. Entre exigences procédurales et attentes sociétales, l’affaire entre dans une phase où chaque décision comptera.
Guy Ekwalla

La finale de la 35ᵉ Coupe d’Afrique des nations, disputée au Maroc entre le pays hôte et le Sénégal, et remportée par les Lions de la Teranga sur le score de 1 but à 0, a constitué l’aboutissement sportif d’une compétition à haute valeur politique. Au-delà du résultat, cette CAN s’inscrit dans une stratégie diplomatique assumée, où le football devient un instrument central de projection d’influence, de légitimation institutionnelle et de leadership continental.
Pour le Maroc, l’organisation de la CAN dépasse largement le cadre sportif. Elle s’inscrit dans une politique cohérente de diplomatie d’influence reposant sur trois piliers : infrastructures modernes, crédibilité organisationnelle et capacité à fédérer le continent. Après le retour du Royaume au sein de l’Union africaine et sa candidature à l’organisation de grandes compétitions mondiales, la CAN constitue une démonstration de puissance douce, destinée à renforcer son positionnement comme acteur incontournable du sport africain.
En accueillant les délégations, les dirigeants politiques et les instances sportives, Rabat transforme la CAN en plateforme diplomatique informelle, où se nouent alliances, soutiens et rapports de force, notamment au sein de la CAF.
La Confédération africaine de football n’est plus seulement une instance sportive. Elle est devenue un espace de négociation politique, où s’expriment les rivalités régionales, les influences étatiques et les ambitions personnelles. La gestion arbitrale de la compétition, notamment l’usage de la VAR, a révélé les tensions persistantes autour de la neutralité institutionnelle et de la confiance des États membres.
Les incidents liés au matériel des gardiens de but du Congo et du Sénégal, survenus lors de rencontres distinctes, ont alimenté un sentiment de désorganisation et de fragilité logistique, parfois instrumentalisé dans les discours politiques pour dénoncer des traitements jugés inéquitables. Ces épisodes, bien que ponctuels, ont nourri une perception d’asymétrie dans la gestion des équipes, perception particulièrement sensible dans un contexte où chaque détail est interprété à travers le prisme du rapport de force.
La confrontation entre le Maroc et le Sénégal en finale n’était pas seulement sportive. Elle opposait deux modèles d’influence. D’un côté, le Maroc, hôte, misant sur l’organisation, les infrastructures et la diplomatie sportive. De l’autre, le Sénégal, champion en titre et incarnation d’un football africain performant sur la scène mondiale, fort de ses succès internationaux et de sa crédibilité sportive.
La victoire sénégalaise, acquise sur la plus petite des marges, a renforcé le statut du Sénégal comme puissance sportive africaine, tout en rappelant que le soft power ne se décrète pas uniquement par l’accueil des événements, mais aussi par les résultats sur le terrain.
Dans un contexte international marqué par la concurrence entre continents pour l’influence sportive, la CAN est devenue un marqueur de crédibilité. Chaque controverse arbitrale, chaque dysfonctionnement organisationnel affaiblit la capacité de l’Afrique à parler d’une seule voix dans les instances mondiales comme la FIFA.
Pour le Maroc, l’enjeu est désormais de transformer l’essai : faire de cette CAN un argument en faveur d’une gouvernance sportive africaine modernisée et crédible. Pour la CAF, il s’agit de restaurer la confiance des États et des joueurs, condition indispensable pour que le football demeure un levier de cohésion plutôt qu’un facteur de fragmentation.
La CAN 2025 au Maroc illustre parfaitement l’évolution du football africain vers un espace de diplomatie active. Entre ambitions nationales, équilibres institutionnels et quête de légitimité internationale, la compétition révèle que le ballon rond est désormais un outil stratégique. À défaut d’une gouvernance irréprochable, le soft power africain risque cependant de se heurter à ses propres contradictions.
Guy EKWALLA

Plus de deux ans après l’assassinat brutal du journaliste Martinez Zogo, l’affaire continue de secouer l’opinion publique camerounaise. Si l’émotion initiale était légitime, le temps judiciaire impose désormais une autre exigence : le respect strict du droit. Au cœur de ce dossier sensible, la situation de Jean-Pierre Amougou Belinga, détenu malgré une ordonnance initiale favorable et des témoignages concordants l’innocentant, pose une question fondamentale : la justice militaire respecte-t-elle encore pleinement la présomption d’innocence garantie par les lois camerounaises ?
Rappel des faits : de l’émotion nationale à l’emballement judiciaire
L’affaire dite Martinez Zogo débute en janvier 2023 avec l’enlèvement, la torture et l’assassinat du journaliste, dont le corps est retrouvé dans des circonstances d’une extrême violence. Face à l’onde de choc nationale et internationale, les autorités annoncent rapidement l’ouverture d’une enquête confiée à la gendarmerie, puis la saisine du tribunal militaire de Yaoundé, au motif de l’implication présumée d’éléments des forces de défense.
Dans ce contexte de forte pression politique, médiatique et diplomatique, plusieurs personnalités civiles et militaires sont interpellées, dont Jean-Pierre Amougou Belinga, homme d’affaires et patron de presse. Son arrestation repose essentiellement sur des soupçons indirects, sans flagrant délit ni preuve matérielle publiquement établie à ce stade.
Un élément central, souvent minimisé dans le débat public, mérite pourtant une attention particulière : la première ordonnance rendue par le juge d’instruction, qui concluait à l’absence d’éléments suffisants justifiant le maintien en détention de Jean-Pierre Amougou Belinga.
Cette décision judiciaire, régulièrement rendue et motivée en droit, reconnaissait implicitement que :
les charges étaient insuffisamment étayées ;
le lien direct entre le mis en cause et les faits reprochés n’était pas établi ;
les conditions légales du mandat de détention provisoire n’étaient pas réunies.
Or, dans un État de droit, une ordonnance de ce type devrait produire ses effets immédiats. Le fait qu’elle n’ait pas conduit à une libération effective interroge sérieusement sur le respect de la hiérarchie des normes et de l’autorité de la chose jugée, y compris devant une juridiction militaire.
Au fil de l’instruction, plusieurs coaccusés, notamment des éléments des forces de sécurité poursuivis pour exécution matérielle des faits, ont livré des témoignages constants et concordants. Tous affirment, sous procès-verbal, que Jean-Pierre Amougou Belinga :
n’a donné aucun ordre,
n’a participé à aucune réunion préparatoire,
n’a financé ni organisé l’opération criminelle.
Ces déclarations, versées au dossier, constituent des éléments à décharge majeurs que le juge ne peut ignorer sans violer le principe d’impartialité de l’instruction. En droit pénal camerounais, comme en droit comparé, le doute profite toujours à l’accusé (in dubio pro reo).
Le droit camerounais est pourtant clair.
La Constitution garantit expressément la présomption d’innocence, principe cardinal selon lequel nul ne peut être traité comme coupable avant une condamnation définitive.
De même, le Code de procédure pénale rappelle que :
toute personne poursuivie est présumée innocente ;
la détention provisoire est une mesure exceptionnelle, strictement encadrée ;
elle ne peut se justifier que par des nécessités précises : risque de fuite, trouble à l’ordre public, pression sur les témoins.
Or, dans le cas d’espèce :
le mis en cause présente toutes les garanties de représentation ;
l’enquête est achevée sur l’essentiel ;
aucun acte d’entrave à la justice ne lui est imputé.
La prolongation de la détention apparaît donc juridiquement fragile, voire contraire à l’esprit et à la lettre de la loi.
Le fait que l’affaire soit instruite devant le tribunal militaire ne saurait justifier une dérogation aux libertés fondamentales. La justice militaire camerounaise demeure soumise :
à la Constitution ;
aux conventions internationales ratifiées par le Cameroun ;
aux principes universels du procès équitable.
La compétence exceptionnelle du tribunal militaire ne transforme pas la détention provisoire en peine anticipée.
Au regard du droit positif camerounais, Jean-Pierre Amougou Belinga, en tant que présumé innocent, est fondé à :
solliciter sa mise en liberté immédiate pour détention injustifiée ;
invoquer l’excès de durée de la détention provisoire ;
prétendre, le moment venu, à une réparation pour détention arbitraire, si aucune culpabilité n’est établie.
L’affaire Martinez Zogo exige vérité et justice. Mais elle exige aussi que la justice ne sacrifie pas ses propres principes sous le poids de l’émotion. Libérer un innocent présumé n’est pas un aveu de faiblesse : c’est l’affirmation de l’État de droit.
Guy EKWALLA
L'Association "Belgocam21" oeuvre pour des actions solidaires, sociales et constructives. Notamment, l'organisation de journées "Entraide & Paix" en Europe et en Afrique.
